Les silences dans ‘Le pauvre coeur des hommes’ de Soseki

Paradoxe : ce roman de trois cents pages porte sur le silence.

   Du silence, pourrait-on penser, il n’y a rien à dire, surtout si l’on est japonais. Mais peut-être ce roman offre-t-il à un non-japonais – mettons : un Français, un Européen – l’occasion d’apercevoir l’une des réalités les plus déconcertantes que le Japon puisse lui offrir. Là, non seulement il ne faut pas tout dire, mais c’est souvent l’essentiel qui doit être tu. Plus sévères encore que le Socrate du Phèdre, qui oppose la parole à l’écrit, les Japonais tiennent le non-dit comme un mode de communication ou de communion plus viable et plus rassurant, même s’il occasionne des erreurs d’interprétation, voire, des tragédies.

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Mishima sur un promontoire

   Ecrivain majeur du XXe siècle, MISHIMA Yukio a fasciné tout au long de sa vie et par-delà sa mort théâtrale, le 25 novembre 1970. Estimé et aimé de KAWABATA Yasunari, il a fasciné les intellectuels français les plus divers, de Marguerite YOURCENAR à Michel FOUCAULT, à Richard MILLET et au philosophe Pierre BOUTANG. En Europe et aux Etats-Unis, il est compris plus librement qu’au Japon, où il se trouve récupéré avec contresens par diverses extrêmes-droites. Au-delà des manipulations, des images et des masques avec lesquels il a voulu faire danser sa vie publique, il faut rappeler que Mishima est avant tout un écrivain et un dramaturge, et que sans lui, la littérature moderne manquerait d’une respiration.

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La littérature japonaise en quelques titres

   On me demande régulièrement par quelles œuvres on peut se lancer à la découverte de la littérature japonaise. Depuis les années 2000, les lecteurs ont l’embarras du choix : alors que le grand japonologue René Sieffert a traduit les plus grands textes classiques (du Heike monogatari au Genji monogatari, jusqu’à l’Eloge de l’ombre de Tanizaki), et Jacqueline Pigeot à sa suite, des éditeurs ont permis à divers traducteurs de faire découvrir aux Français des dizaines d’œuvres encore ignorées : des ‘classiques’ modernes, mais aussi des textes contemporains. Pour accompagner cet essor remarquable, qui montre que l’intérêt du lectorat ne se borne pas aux foisonnants mangas, on trouvera ici quelques propositions et indications, qui permettront de partir à la découverte du continent littéraire japonais.

Quelques classiques (littérature de l’ère Heian)

1°) Le Dit du Genji (Genji monogatari).

Genjimonogatari

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