Gare de Tokyo et nostalgie d’Edo

 

         Ceux qui visitent Tokyo pour la première fois peuvent éprouver deux réactions très opposées lorsqu’ils pénètrent dans la gare centrale, Tokyo Ekki (ou « Tokyo station ») : les uns sentiront le vertige du gigantisme, la peur de se perdre en un tel labyrinthe ; les autres connaîtront inversement la fascination et le désir de se promener dans ce dédale. Au cours de mes premiers voyages, je fus pour ma part amusé par les jingles joyeux qui se faisaient entendre sur les quais, comme si voyager à Tokyo devait procéder de je ne sais quel instinct enfantin, et que ces musiques puériles dussent amortir l’aspect robotique de la circulation à pied induite par une gare kilométrique.

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Le « Musashi » retrouvé

    Le « Titanic » a connu une résurrection cinématographique qui l’a propulsé durablement sur les eaux mouvantes des mythes populaires. Le public goûte l’image des effondrements vertigineux, des descentes fabuleuses vers les abîmes ou les abysses, ou de ces divers colosses à la Goliath abattus d’un coup définitif. Ce public déclaré grand trouvera-t-il de quoi se repaître avec le « Musashi » japonais, si un film lui était consacré ?

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Le sushi-cliché, le sushi international, le sushi à se faire, etc.

Sashimis servis dans un restaurant (Akita-Ken)

« Ce soir, je vais au japonais », « tu veux des sushis ? », « les Japonais, y mangent des sushis », « moi j’te frai des sushis à la maison », « aucun sushi à vous faire », etc, etc. Parmi les clichés en vogue sur le Japon, celui du sushi est le plus répandu : il se décline en autant de faux restaurants et vrais traiteurs, tenus par des personnes qui, pour être d’origine asiatique, ne sont nullement japonaises, et ne cuisinent généralement pas selon les méthodes pratiquées au Japon. En France, en Angleterre, partout en Europe, la plupart de ces restaurants ou traiteurs sont des faux, ou du moins, des imitateurs.

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La vérité sur HACHIKO est bonne… à manger

L’Université de Tokyo, fameuse « Todaï », vient d’ériger (au mois de mars 2015) une nouvelle statue d’Hachiko, le chien fétiche du Japon.

1blogger1On sait que pendant des années, cet « Akita inu » (chien d’Akita), né en 1923, avait attendu son maître à la même heure, et que ce héros de la fidélité avait inlassablement rempli sa tâche après la mort de son propriétaire, en 1925, suscitant l’émerveillement attendri des contemporains. Depuis des années, le chien est statufié à Shibuya, point de rendez-vous pour des centaines de milliers de personnes, japonaises ou non. Hachiko a inspiré des films, des mangas, des cartes postales, il est l’objet d’une vénération véritablement universelle, où le Japon verse tout le saké de la compassion. Un sculpteur a donc statufié une seconde fois l’héroïque toutou, fidèle comme 47 samouraïs, pour une somme de 760.000 euros dit-on : le chien et son propriétaire (un professeur d’agriculture) scellent leur sentiment par un regard qui les fixe pour le monde entier. Cette nouvelle sculpture a relancé le mythe, que reprennent en chœur les milliers de touristes.

Yakitori stand near Tawaramachi station in TokyoL’autre jour, un lucide admirateur d’Hachiko me l’a confié : au point de rendez-vous où le chien attendait son maître, se trouvait un généreux marchand de yakitoris. L’Akita inu manquait d’autant moins l’heure de son papa qu’elle éveillait d’intransigeantes babines…

Mettons que fidèle à son maître, Hachiko honorait la cuisine locale et qu’il entraîne, à ce titre, notre sympathie.