Une femme en composition : Hara Setsuko

    Une « fleur » particulière du Japon s’est éteinte au mois de septembre dernier, âgée de 95 ans. Actrice marquante de l’histoire du cinéma, comparée à Greta Garbo et auréolée de mystères personnels, HARA Setsuko incarne aussi un idéal féminin qui s’est affirmé grâce à une collaboration étroite, voire une symbiose, avec le grand OZU Yasujiro.

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Union civile ou mariage homosexuel au Japon

            Pays communautaire, « hyper-insulaire » selon les géographes, hanté par un gros poisson qui fait trembler les profondes racines de son archipel, le Japon est capable de se retourner d’un seul coup, pour retrouver l’état apparemment paisible qui précédait ce coup. Il y a quelques mois encore, un maire, un homme politique ou un artiste pouvait lancer n’importe quelle plaisanterie douteuse sur les personnes homosexuelles – KITANO Takeshi ne s’en est pas privé – sans craindre aucun remous. Une certaine homophobie pouvait s’exprimer dans un pays où elle n’était pourtant qu’un résultat tardif (il remonte à l’ère Meiji) de l’influence occidentale, à coups de missionnaires américains et de puritanismes divers, d’origine protestante ou communiste.

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Cinéaste de la compassion

      La compassion est une attitude, une inclination, une disposition et un sentiment dont l’expression artistique a donné au Japon d’immortels chefs d’œuvre. En littérature, le Heike monogatari est tout entier guidé et éclairé par elle, au point où la fameuse cloche de Gion, qui ouvre cette épopée guerrière et bouddhique, a acquis la stature d’un mythe et d’un symbole pour la culture de tout un pays. Au cinéma, KUROSAWA Akira apparaît comme une sorte de Victor Hugo de l’image, avec les misérables, les pauvres conduits au crime, qui hantent ses films dits ‘contemporains’ : du jeune assassin de Chien enragé au tortionnaire déséquilibré de cet autre film en noir et blanc : Entre le ciel et l’enfer. Pourtant, certains critiques ont dénoncé une certaine lourdeur, une insistance moralisatrice, chez ce grand maître du cinéma japonais.

       Avec KORE-EDA, ces critiques peuvent se taire : l’âge nouveau du cinéma japonais a trouvé son maître.

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Ako Gishi, les 47 rônins : une casuistique historique

         L’histoire des 47 rônins est l’un des épisodes les plus célèbres du Japon. En France, Pierre Loti, puis les frères Goncourt l’ont racontée, puis George Soulié de Morant, qui a sans doute apporté dans notre langue, avec un style sobre, le principal récit (publié aux Editions Budo). Le Japon a immortalisé cette histoire grâce au Kabuki, quelques années seulement après les événements en question, avec notamment la vaste fresque intitulée Chushingura, où les noms, les dates et les lieux sont transposés afin de contourner la censure. Cette pièce connut environ cinq mille représentations avant 1868, et en 1935, lorsqu’une salle de théâtre risquait de disparaître, on disait qu’il suffisait de représenter Chushingura pour voir les caisses se renflouer. Depuis, le cinéma japonais a produit plus de cent films sur cette histoire dramatique, sans parler des feuilletons en quarante sept épisodes, des illustrations, des mangas et des cartes postales. Et en littérature, il faudrait encore citer tous les titres que cette histoire a inspirés…

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Les Japonais sont-ils bouddhistes ?

         La présence de la « religion » au Japon nous pose une colle redoutable. Les Occidentaux qui s’interrogent sur l’état du bouddhisme dans ce pays se cassent généralement les dents : il n’y a pas de raison que cet article ne m’invite pas, lui non plus, à prendre rendez-vous chez le dentiste. Car, en fin de compte, sur ce terrain, je ne suis pas sûr d’atteindre la vérité, et de parvenir à des résultats supérieurs aux autres.

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Dernier samouraï, derniers Mohicans, derniers loups.

    Voici presque dix ans, le film Le dernier samouraï (2003) d’Edward Zwick m’apparaissait comme un charmant conte américano-japonais moderne, situé dans la période charnière de l’histoire du Japon, aux débuts traumatisants de l’ère Meiji. Le capitaine Nathan Algren apparaissait sous les traits rassurants d’un self made soldier, incarné par Tom CRUISE, appréciant les Japonais à l’ancienne comme d’autres héros de films aimaient les loups, les tribus et les formes primitives de l’anthropologie humaine, une espèce d’antiraciste surgi en pleine ère coloniale, qui aimait les squaws portant kimono. Ayant massacré des Indiens sur ordre et ne s’en remettant pas, il aurait pu carrément tomber amoureux des Aïnous, si le cinéaste Edward ZWICK avait osé un tel défi. WATANABE Ken était assez beau, en dernier samouraï ; on voyait son personnage (KATSUMOTO) attaché à un idéal impérial et féodal démodé mais émouvant, comme un Occidental de 1876 qui se serait habillé en Du Guesclin pour mourir en brave. Il aimait les tigres, chantait du Shomyo et dominait un fief « bio » avant la lettre. En 2008, j’avais même visité le magnifique sanctuaire ENGYO-JI, près d’Himeji, pour retrouver les lieux où le capitaine était conduit jusqu’à son aimable geôlier par son prochain compagnon de combat, auquel il trouverait un surnom tellement élégant : « Ben ». Et vraiment, sans le recours aux livres d’histoire, j’aurais pu traverser un mirage aurévillien, confondre KATSUMOTO et l’abbé de La Croix-Jugan, le dernier des Mohicans, ou encore Wotan avant d’être brûlé par Brünnehilde.

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L’Université de Sapporo

Hokkaido est la grande île du Nord du Japon.

      De la montagne à skieurs, du traking et autres activités sportives expliquent l’intérêt que lui portent en général les touristes européens et américains. Hokkaido risque de décevoir la quête d’authenticité et de témoignages anciens qui caractérise les voyages au Japon. Quant à Sapporo, bâtie en 1868, détruite en 1945 et reconstruite ensuite, cette ville moderne compte aujourd’hui deux millions d’habitants, qui seront reliés en mars 2016 à Honshû par un Shinkansen qui facilitera les voyages jusqu’à Tokyo. Certains visiteurs assurent que Sapporo présente des points communs avec Montréal (la température, la neige, le passage souterrain d’environ trois kilomètres, qui longe l’artère principale, etc.)

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Mizoguchi et l’actrice Sumako

     1947. Après la défaite et des décennies de nationalisme martial, tantôt mesuré, tantôt hystérique, le Japon connaît un appel d’air rouge sang de bœuf : nombre d’acteurs, d’écrivains et de cinéastes proclament haut et fort leurs idées sociales, leurs revendications démocratiques et progressistes, leur communisme, sans saisir en quoi leur élan pourrait profiter aux soviétiques, dont ils parodient et trahissent à la fois le modèle. Le cinéma est alors le réceptacle de revendications étouffées et de conceptions contre lesquelles la police, la censure, les divers systèmes d’espionnage luttaient implacablement pendant et avant la guerre, arrêtant les suspects, assassinant même les militants les plus excités, et mettant sur la touche des artistes jugés rebelles à l’effort de guerre.

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Dazaï Osamu : l’enfant sans soleil

    « J’ai vécu une vie remplie de honte.
Pour moi, la vie humaine est sans but. Je suis né dans un village du nord-est et j’étais déjà grand lorsque j’ai vu un train pour la première fois. En voyant, au-dessus de la gare, le pont où des gens montaient, descendaient, je ne comprenais pas qu’il était fait pour franchir les voies et je pensais que l’enceinte de la station était un lieu d’amusement à la mode étrangère, arrangé uniquement pour les personnes élégantes. Qui plus est, j’ai pensé ainsi assez longtemps. »

    Le ton dépressif n’est pas si commun dans la littérature japonaise qu’il ne mérite d’être signalé. Il nous renvoie à l’un des quatre ou cinq monstres sacrés de la littérature japonaise du XXe siècle, DAZAÏ Osamu (太宰 治).

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Les « internés » de Sibérie

     Chaque année, à Tokyo, des associations d’anciens prisonniers japonais de l’URSS commémorent la mort de leurs camarades et se souviennent de la forme d’esclavage qu’ils ont subie plusieurs années durant. Si cette page du terrible XXe siècle ne diminue en rien les autres, écrites par le fanatisme et l’hystérie nationaliste héritée de Meiji, elle ne saurait être oubliée, et permet en outre d’expliquer la distance qui persiste aujourd’hui entre le Japon et la Russie.

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